Djibril Camara, vous n’avez disputé que quatre matchs depuis votre arrivée à Bayonne, le dernier remontant au 9 novembre contre Pau. Comment allez-vous désormais?

Je vais bien, mieux. J’ai été blessé au genou, comme la plupart des gens le sait, avec de l’arthrose sur la tête du péroné. J’ai donc été obligé de m’arrêter pendant un mois pour me soigner et revenir sur les terrains en espérant que tout se passe bien.

Avez-vous ressenti de la frustration?

On en a toujours quand on ne joue pas. Je me commence à me faire vieux, alors il faut soigner toutes les petites blessures pour revenir au top. Auparavant, l’intégration dans ce groupe s’était bien passée. Je connaissais déjà les entraîneurs et quelques joueurs. Comme je l’ai déjà dit, je suis venu ici après avoir eu une bonne discussion avec Yannick (Bru) et le projet était intéressant.

Qu’est-ce qui vous a le plus étonné ou qui vous a séduit en arrivant à Bayonne?

Au début, c’était le beau temps, maintenant c’est la pluie. Plus sérieusement, ça me rappelle surtout l’époque du Stade Français au tout début, c’est un peu la débrouille. C’est ça que j’aime bien.

C’est-à-dire?

Par exemple, les séances de musculation sont dans un Algeco. C’est un peu le côté débrouillard que j’aime bien. Quand on se retrouve sur le terrain, on se sert de tout ça pour sortir des gros matchs.

Quelles sont vos ambitions personnelles? Avant tout jouer et vous refaire plaisir?

Je me fais plaisir même si je ne joue pas ici. Mais c’est vrai que je veux rejouer, avoir de bonnes sensations, ne plus avoir de douleurs et surtout être sur le terrain avec mes coéquipiers. C’est ça qui me manque le plus. J’espère que ça sera le cas d’ici la fin de la semaine prochaine.

Vous pouvez faire du bien à votre équipe, en difficulté ces dernières semaines. Pourquoi l’Aviron est-il dans le dur après un très bon début de saison?

Dans le dur ? Je ne dirais pas ça. Personne ne nous attendait, cela jouait en notre faveur en début de saison. Mais après nos bons résultats, les mecs nous prennent peut-être un peu plus au sérieux. Les matchs sont donc un peu plus compliqués. On doit juste reprendre ce que l’on a fait en début de saison, c’est-à-dire essayer de jouer même si ça commence à être difficile avec la pluie et les terrains gras. On doit retrouver notre force et ne rien lâcher comme en début de saison. On doit vraiment se mettre dans la peau d’un vrai club de Top 14 et non d’un promu pour rivaliser avec les plus grands.

Vous régalez-vous au club et en dehors à Bayonne?

Oui, sur le terrain, c’est un jeu de déplacement avec un peu de folie que j’apprécie. Et en dehors, c’est une petite ville. Il n’y a pas non plus énormément de choses à faire mais on arrive quand même à sortir. (Sourire) Avec ma vie de famille ici et le jeu en matière de rugby, c’est parfait.

Un rugbyman est-il plus sollicité ici qu’à Paris ?

Je ne sais pas, je me cache ! (Rire) C’est sûr. Mais les gens sont toujours agréables, ils viennent vous dire quelque chose de gentil ou vous encourager. Paris, ce sont les joueurs du PSG qui sont sollicités, pas les rugbymen…

Qu’est-ce qui vous manque le plus de Paris?

Les soirées ! Non, c’est une blague. Ce qui me manque avant tout, c’est ma famille et mes amis, sinon pas grand-chose. Je suis très bien installé ici.

Ressentez-vous une envie de revanche après votre licenciement du Stade Français?

Non, je n’ai pas de revanche à avoir. Les personnes avec qui j’ai eu des conflits ne sont plus là… Moi, ce que je veux, c’est rejouer et me faire plaisir. Le Stade Français a aussi ses problèmes.

Quel regard justement portez-vous sur les difficultés actuelles de votre ancien club?

(Il soupire) Avant de venir à Bayonne, je n’avais connu que le Stade Français. Je sais très bien qu’ils ont toujours eu des moments difficiles. Quand j’y étais, on a failli descendre en Pro D2 mais finalement on a réussi à se maintenir. Et je sais très bien, pour avoir des échos, qu’avec ce qui va être mis en place, le Stade Français ne descendra pas en Pro D2 et va se maintenir. Peut-être que cette année va être difficile, mais il faudra compter sur eux ensuite, comme sur Bayonne.

Le départ de Heyneke Meyer vous a-t-il fait sourire?

(Il éclate de rire) Non, on était en conflit. C’est toujours triste que quelqu’un se fasse renvoyer ou décide de démissionner. Tout le monde le sait, je n’étais pas ami avec lui. Le seul truc que j’avais dit, c’est que j’avais peur de comment il allait laisser le Stade Français une fois qu’il serait parti. Et voilà… Il est parti et il faut reconstruire après lui. J’ai confiance en Sempéré et Arias même si ce sont de nouveaux entraîneurs. Il est parti, moi je suis à Bayonne, ce ne sont plus mes problèmes.

Avez-vous mûri ou grandi en changeant de club?

Mûri, je ne sais pas. Je pense qu’on ne peut plus me changer à mon âge. J’appréhendais beaucoup de voir autre chose, car pour moi c’était Paris et rien d’autre. Au final, je me suis rendu compte que ça pouvait faire du bien de bouger, voir autre chose et rencontrer de nouvelles personnes. Ce n’est pas que je les remercie (ndlr : les anciens dirigeants du Stade Français) mais je suis bien content d’être arrivé à Bayonne. Ça sort de sa zone de confort. Il faut tout reprouver à tout le monde.

Votre quatrième et dernière sélection remonte à février 2017. Y pensez-vous encore?

(Il rigole) Non, il faut arrêter. J’ai 30 ans, et tous les jeunes sont en train de débarquer. Je suis bien avec Bayonne. De toute manière, pour prétendre à l’équipe de France, il faut jouer, et je ne joue pas jusqu’à maintenant.

Avez-vous le sentiment d’avoir du temps à rattraper ou d’avoir perdu du temps?

La vie, c’est comme ça. Je ne vais pas me plaindre ou regretter ce qui se passe. J’ai été blessé, j’ai suspendu, j’ai connu plein de choses dans ma vie. Et je ne le regrette pas.

Vous faites presque figure d’ancien maintenant…

(Sourire) Oui, ça fait chier ça ! Je suis vieux sans être vieux. Je suis toujours avec les jeunes mais ça fait un peu bizarre. Ça fait bizarre quand tu parles et que les gens t’écoutent. Au Stade Français on ne m’écoutait pas. (Rire) J’essaie surtout d’expliquer les choses à mon poste et d’accompagner les jeunes. J’aime bien ça aussi.

Combien de temps vous voyez-vous encore jouer au rugby?

Je ne sais pas. Je suis sous contrat cette saison, l’année prochaine et peut-être un an de plus. Mais oui je fatigue. Je verrai bien.

https://rmcsport.bfmtv.com/rugby/bayonne-djibril-camara-vieux-sans-etre-vieux-1821200.html

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