C’est une photo qui a filtré et qui aura fait vibrer plus d’un amateur de (beau) football en juin dernier, tandis que tous attendaient avec fébrilité le début de la Coupe du monde. Pull croisé sur les épaules, polo bleu et surtout large sourire, Arrigo Sacchi prenait la pose avec Pep Guardiola à sa gauche et Maurizio Sarri à sa droite. Les yeux des deux hommes étaient encore cernés de cette saison qui fut intense et difficile en tous points, l’un d’eux ayant pu se consoler avec une pluie de records et un titre de champion d’Angleterre.

Que se sont-ils dit, par ces chaudes nuits de fin de printemps en Italie? Le secret des dieux du ballon rond n’a pas percé les murs qui ont abrité, peut-on le penser, des débats tactiques enflammés et autres considérations sur un football qui, avant d’être un business, est un jeu complexe autant qu’un spectacle. Mais l’hypothèse que Pep Guardiola ait touché un mot sur le poste presque vacant (en attendant l’officialisation du départ d’Antonio Conte) de manager de Chelsea à celui qui allait devoir quitter Naples est hautement probable.

Sacchi: « Quand je vois une équipe de Guardiola, je me dis qu’il y a Guardiola derrière. Cela fonctionne avec Sarri »

Repenseront-ils à certaines bribes de conversations italiennes ce dimanche, peu avant 16h, au moment de fouler la pelouse de Wembley pour voir leurs équipes de Manchester City et Chelsea disputer le Community Shield ? Pas une fois le coup d’envoi donné. Cette poignée de main, cette accolade attendues sont le fruit d’une histoire d’amitié, d’idéaux footballistiques… et de liens quasi fraternels.

Le grand Arrigo Sacchi, maître à penser du mythique Milan, mettait déjà en exergue ce parallèle sur SFR Sport en 2016. Une histoire de beau jeu, de possession et d’identité. « En Italie, certains ont une vision réduite et pensent que le beau jeu n’est pas quelque chose d’important. Mais le beau jeu aide à gagner. Les grands vainqueurs en coupe d’Europe ont tous été des clubs qui possédaient le jeu et le ballon, qui avaient la possession du terrain, assure l’ancien entraîneur emblématique. Des équipes qui dominaient la situation et ne pensaient pas trop tactique. On pouvait lire leur style. Aujourd’hui, quand je vais voir une équipe de Klopp, je me dis qu’il y a Klopp derrière, une équipe de Guardiola, je me dis qu’il y a Guardiola derrière. En Italie, cela fonctionne avec Sarri. Si tu vois jouer Naples, tu te dis qu’il y a Sarri derrière. »

Guardiola plus « en avance »

Le football n’est pas seulement une affaire de possession. Mais un manager qui aime avoir le contrôle du jeu dit quelque chose de lui-même dans ses schémas tactiques et les consignes qu’il fait passer. Bielsisme et Sacchisme ont été un temps marginalisés, faute de résultats pensaient certains. Ils ont retrouvé leurs lettres de noblesse avec le Barça de Pep Guardiola et ont fait de nouveau des petits.

« J’ai toujours préféré le football qui s’implique, mais j’étais dans le mauvais pays parce que historiquement, nous n’avons jamais eu l’intention d’être acteur, assurait Arrigo Sacchi il y a un an et demi. Notre histoire, c’était d’attendre l’erreur et de chercher ensuite à punir l’adversaire. On ne peut pas aller de l’avant comme ça. Nous avons de bons entraîneurs en ce moment. Il y en a certains qui suivent bien. Mais beaucoup cherchent l’utilitarisme. […] Les équipes de Guardiola sont plus en avance. Guardiola a réussi à donner plus de qualité au football. Et il a permis au football de s’y conformer. […] Guardiola élève le niveau du football mondial parce que tout le monde doit se mettre au diapason. » Pour expliquer que Maurizio Sarri peinait à faire de même en terre napolitaine, car « Naples n’a pas une grande histoire » et n’offrait donc pas le cadre d’expression idéal pour ce fou de beau jeu.

Deux confrontations l’an dernier… deux victoires de City

Au-delà des considérations du grand Arrigo Sacchi, Pep Guardiola et Maurizio Sarri s’apprécient autant qu’ils s’admirent. Et s’échangent à foison les amabilités. « Pep Guardiola est pour moi un ami, mais pas seulement, expliquait l’Italien en conférence de presse vendredi. Malheureusement pour moi, c’est le meilleur coach du monde, ou du moins l’un des meilleurs. Le match sera difficile, City est en avance car ils sont avec lui depuis deux ans. Je suis à Chelsea depuis deux semaines et demie. »

Le Naples de Sarri et le Manchester City de Guardiola se sont affrontés la saison dernière, en phase de poules de la Ligue des champions. Mi-octobre, à l’Etihad Stadium, les Cityzens avaient maîtrisé leur match malgré un penalty encaissé à la 73e minute (2-1). Dans l’ambiance surchauffée du San Paolo, malgré l’ouverture du score de Lorenzo Insigne, les Skyblues avaient signé un superbe 4-2. Et les deux hommes s’étaient chaleureusement salués.

La « perfection » de Sarri

« J’aime le Napoli, tant comme spectateur que comme entraîneur, répétait le technicien espagnol avant la première des deux rencontres en octobre. Et quand je suis à la maison, j’aime regarder leurs matches. J’apprends beaucoup. […] Je suis sûr que le match de demain sera une belle partie, cette rencontre me fascine. Sarri sait faire beaucoup de choses et les fait toutes à la perfection. » Il n’a pas changé d’avis depuis, confiant vendredi que la manière dont jouaient les Napolitains sous Sarri était « incroyable ».

Guardiola a conseillé Sarri

Pep Guardiola, auréolé du titre de champion d’Angleterre avec un Manchester City qui a ébloui l’Europe et accumulé les records, a visiblement conseillé à Maurizio Sarri de le rejoindre outre-Manche. « Guardiola m’a dit que c’était difficile en Angleterre, que le niveau y est très élevé », raconte l’Italien. Son homologue se réjouit: « J’ai hâte de voir Sarri avec Chelsea, s’enthousiasme l’ancien coach du Barça en conférence de presse. Je suis très heureux qu’il soit venu ici. »

Le Catalan aura mis une saison à s’acclimater, le temps d’apprendre quelques spécificités anglaises, le temps de blinder son équipe et ses options aussi. Aujourd’hui, son avance semble abyssale. « Ce sera difficile évidemment, admet Sarri. Avec du travail, on peut essayer de réduire l’écart. Je pense que mon travail est de faire progresser les joueurs, et il faudra que je travaille dans cette optique de réduire l’écart. » En attendant, c’est l’Italien qui a empoché la première petite victoire sur son ami et désormais rival, en faisant venir un Jorginho qui était la cible prioritaire de Manchester City au milieu de terrain. C’est un bon début.

https://rmcsport.bfmtv.com/football/community-shield-sarri-contre-guardiola-le-match-des-amis-qui-croient-au-jeu-1500500.html

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