C’est pour beaucoup de jeunes la porte d’entrée dans le monde de l’athlétisme: le cross-country, « formidable école de formation à la résistance et à l’abnégation », selon Jean-Claude Vollmer, entraîneur de plusieurs champions de France et d’Europe. C’est pourquoi la Fédération internationale d’athlétisme veut redonner ses lettres de noblesse à cette discipline absente des Jeux depuis un siècle.

« C’est une grande satisfaction et j’y suis très attachée », avoue Annette Sergent, double championne du monde française de cross, et ancien membre du comité international de la discipline. « Cela va dans le sens des pratiques actuelles, de la course nature, du trail, et le cross c’est la tradition. » Sauf que la formule serait totalement nouvelle, avec un relais mixte (deux hommes et deux femmes) et deux boucles de 2500m par coureur, en plein été.

« La place du cross, c’est aux JO d’hiver! »

Quand on parle cross, la première image qui vient est celle d’un athlète plein de boue, luttant contre les éléments et les bosses. Concevoir la discipline autrement est une hérésie pour Jean-Claude Vollmer: « C’est une activité hivernale (ndlr: la saison se déroule de novembre à mars) où les intempéries font partie du jeu. En plein été, sur terrain sec, les vrais crossmen ne pourront pas s’exprimer. Et si on a arrêté le cross en été c’est qu’en 1924, sous un cagnard de plus de 40°c, les athlètes sont tombés comme des mouches. »

Alexis Miellet, médaillé d’argent avec le relais français aux championnats d’Europe 2018, lui emboîte le pas. « Ce serait une meilleure idée de l’inclure aux JO d’hiver. L’été, c’est trop roulant et trop sec. » Même Annette Sergent avait d’abord imaginé le cross aux Jeux d’hiver: « Cela a été retoqué par le Comité International Olympique mais nos efforts en ce sens vont continuer. D’abord parce que c’est l’essence du cross, et cela aurait permis au continent africain de participer aux JO d’hiver, ce qui est trop peu le cas aujourd’hui. »

Le format d’une course en relais, sur courte distance, divise

Un relais mixte, avec des boucles de 2500m, quand un cross traditionnel s’étire sur au moins 10km, agace Jean-Claude Vollmer. « Un pur crossman fera la différence dans la gestion de l’effort sur plusieurs kilomètres, et dans une course de masse, justifie-t-il. Là, ce sont les coureurs de 1500m qui seront avantagés, ce n’est même pas un ersatz de cross… »

Rénelle Lamote, tête de gondole du 800m français, a déjà réussi de belles performances en cross avec le relais français. Recommencer l’attire, « ce serait trop cool, une bonne idée! ». Mais la triple vice-championne d’Europe du 800m craint « de ne pas pouvoir enchaîner la deuxième boucle de 2500m ». C’est plus partagé chez Alexis Miellet. « Ce format m’avantagerait, analyse le spécialiste du 1500m sur piste, demi-finaliste mondial à Doha en 2019. Mais sur ces distances, on retrouverait beaucoup de pistards, et peut être des seconds couteaux chez les Kenyans, les Ethiopiens, les Américains… pas des spécialistes du cross mais assez bons sur ces courtes distances. »

La France pour une médaille d’or en 2024?

Dans ces conditions, les Bleus auront-il la capacité d’aller chercher une médaille? « Chez les garçons sans aucun problème, mais on manque de densité chez les filles », regrette Jean-Claude Vollmer. « La Fédération Française travaille pour amener les filles vers ces disciplines depuis plusieurs années, rétorque Annette Sergent, également consultante pour la FFA. Alexis Miellet, comme le steepler Djilali Bedrani ou Jimmy Gressier, triple champion d’Europe Espoir de cross, a tout pour devenir le leader de ce relais. Je pense qu’on pourrait faire un bon truc. Quand on fait argent à Tilburg aux Pays-Bas aux championnats d’Europe, avec plus de repères on peut viser le titre européen. »

Liv Westphal, championne de France de cross en titre, se voit concourir sur de plus longues distances, sur marathon à l’avenir, mais décèle un bon potentiel pour les Français: « Avec un parcours explosif et technique, les Européens pourraient avoir une grande opportunité. Si les Jeux étaient demain, j’alignerai un quatuor Alexis Miellet – Djilali Bedrani – Rénelle Lamote – Johanna Geyer-Carles. » Mais les incertitudes autour du niveau des françaises est impossible à compenser pour l’œil du coach Jean-Claude Vollmer: « Actuellement, on n’a aucune chance face aux Kényans et aux Ethiopiens, même les Américains et les Britanniques. »

https://rmcsport.bfmtv.com/plus-de-sports/cross-country-aux-jeux-olympiques-2024-une-fausse-bonne-idee-1956538.html

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.