Paul Goze, pourquoi déclencher cet appel d’offres pour la période 2023-2027 maintenant?

Les appels d’offres se font de plus en plus de manière précoce par rapport à la fin des droits en cours. Et nous ne sommes pas particulièrement en avance puisqu’au dernier appel d’offres pour la période 2019-2023, nous avions fait l’appel d’offres en avril 2016, soit trois ans avant environ, alors que pour maintenant, nous sommes à deux ans environ. On est presque en retard. Cela permet, en cas de difficulté éventuelle, d’avoir du temps par rapport à la fin du cycle en cours pour se retourner et trouver des solutions. D’autre part, nous voulons travailler au niveau de la Ligue et des clubs dans la sérénité, nous projeter dans le moyen terme avec un financement assuré si les droits TV sont signés sur une période anticipée. Cela va permettre d’avoir des projections de développement, de nouvelles actions pour développer le rugby professionnel, découvrir de nouveaux publics, avancer encore plus dans la numérisation, et avoir une assurance de revenus et de produits sur le moyen terme c’est extrêmement important. La Ligue en a besoin et les clubs, encore plus, ont besoin d’avoir cette assurance. Le rugby amateur aussi, car la Ligue finance, à travers la FFR, la moitié des conseillers techniques de club mis en place. Et avec la période actuelle, où certains peuvent avoir des difficultés financières avec peut-être des recours à des prêts bancaires, il y a lieu de pouvoir rassurer les éventuels prêteurs bancaires de clubs.

Mais n’est-ce pas risqué quand on voit la crise des droits TV du football?

Cela n’a pas de rapport. Canal+ a toujours eu le foot comme partenaire depuis qu’il est partenaire du rugby, à part la dernière année. Ce ne serait pas nouveau. D’autre part, nous ne sommes pas du tout sur les mêmes cycles, le foot, c’est d’aujourd’hui à la saison 2023-2024, nous c’est dans deux ans et demi, il n’y a qu’un chevauchement d’une saison. On est en dehors de tout ça parce qu’on a commencé notre réflexion en janvier 2020, on l’a arrêtée avec la crise, et on a repris depuis septembre. On a constitué un comité de pilotage avec les six présidents de clubs membres du comité directeur. On avait un timing initial qui était de lancer l’appel début 2021. On n’a pas dérogé à notre timing, sans tenir compte des aléas qu’il peut y avoir à côté de nous. SI vous prenez en compte les aléas… prenez le foot: il y a 15 jours, on parlait de gré à gré avec Canal+, il y a trois jours c’était un appel d’offres, le lendemain il y avait un procès. Si on devait attendre que le foot se décante… cela peut se décanter dans dix jours, comme dans trois mois ou dans six mois s’il y a un procès. On a décidé de ne pas modifier notre agenda.

Sur votre appel d’offres, le prix total de réserve s’élève à 105 millions d’euros (90 millions lors du dernier appel d’offres), qu’attendez-vous comme montant?

Evidemment, le plus possible. Mais au-delà de ça, compte tenu des majorations, on serait à un prix de réserve de 108 millions d’euros. Notre objectif, c’est à la fois assurer des revenus avec une augmentation raisonnable tout en assurant une visibilité importante de notre championnat. Au-delà du prix de réserve, on a aussi des critères de visibilité et qualitatifs pour le meilleur du championnat. Plus le résultat sera positif, mieux ce sera. Mais on estime que dès qu’on obtient le prix de réserve majoré de 108 millions d’euros, on aura sécurisé nos droits pour que les clubs puissent se projeter sur l’avenir, et la Ligue se projeter sur ses projets. 

Avec le contexte actuel de crise économique au sens large, à quel type de proposition vous attendez-vous?

On a constitué trois lots, dont le lot 3 est numérique. On est ouverts à toutes les propositions. Par rapport à la crise, l’appel d’offres doit être fait au plus tard en 2022. On n’est pas sûr que dans un an la situation économique soit bien meilleure, on a fait un sondage du marché ces derniers mois (octobre, novembre), on a reçu des signes encourageants et favorables du marché, satisfait que l’appel d’offres se fasse à cette période. Et on a un besoin de sécuriser nos droits sur le moyen terme, en particulier dans cette période de crise.

D’ailleurs le lot 3 réservé à une offre « numérique » est une nouveauté 

On a senti une demande pour ce type de lot, et on sait très bien qu’on est obligé d’ouvrir notre public vers les jeunes, qui ne consomment pas la tv et le sport comme leurs aînés. On est amené à être sur ce type de consommation avec des jeunes qui sont preneurs de ce type de messages courts, instantanés. On travaille pour que ces jeunes publics soient touchés par notre sport et qu’ils deviennent après des téléspectateurs plus assidus.  

L’affaire Mediapro vous a-t-elle conduit à une sécurisation financière de votre appel d’offres?

Si je vous disais que l’on n’a pas pris de garanties supplémentaires par rapport à ce que l’on faisait jusqu’à présent, je mentirais. Cette fois, nous avons pris des garanties supérieures, de manière assez conséquente. A partir du moment où un accident (le défaut de paiement de Mediapro pour les droits de la Ligue 1 ndlr) arrive quelque part, tout le monde essaie de se prémunir contre cela pour le futur. Des garanties de paiement, des garanties bancaires, et une sorte de caution. Tout ça est inscrit dans l’appel d’offres. Après on modulera en fonction de notre interlocuteur final.

https://rmcsport.bfmtv.com/rugby/droits-tv-top-14-mediapro-nous-a-incite-a-demander-plus-de-garanties-justifie-paul-goze-2030309.html

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