Jesualdo Ferreira, comment se passe votre expérience au Qatar ?

J’ai reçu plusieurs propositions par le passé, pour entraîner dans le Golfe, notamment en Arabie saoudite. A l’époque, j’avais décliné. Je traçais mon chemin en Europe et je ne me voyais pas rejoindre un football différent. L’aspect financier était important mais je préférais être dans un football peut-être plus faible financièrement mais avec une compétition plus intéressante. La vie ne m’attirait pas non plus mais c’était il y a vingt ans.

Comment vous êtes-vous retrouvé à la tête d’Al Sadd ?

Il y a trois ans, j’étais en Egypte. Ma carrière au Portugal était pratiquement terminée. J’y ai entraîné le Benfica, le Sporting, le FC Porto, Braga, Boavista, les sélections nationales… J’avais fait le tour de la question. J’avais alors reçu une offre du Zamalek, un club historique. Ils ont insisté, on y est allés et on a tous été heureux. On a remporté le championnat, ce qui n’était plus arrivé depuis onze ans et la Coupe. Ce fut difficile mais très gratifiant. Il y avait une réelle empathie avec les joueurs et les supporters. Quand j’ai quitté le club (j’ai résilié parce qu’un certain nombre de conditions n’avaient pas été respectées), j’ai reçu une offre d’Al Sadd, le club le plus titré du Qatar. J’ai accepté ce défi. C’était en novembre 2015. J’étais d’abord venu pour six mois. C’était l’occasion d’apporter mon expérience. Et on m’a proposé de prolonger. Le frère de l’émir du Qatar, qui est à la tête du club, m’a demandé de rester. Avec l’approche de la Coupe du monde 2022 et la volonté de préparer les joueurs…

Vous êtes tout proche d’être titré champion du Qatar. Comment envisagez-vous votre avenir ?

Dans cinq mois, mon contrat s’achèvera et ma carrière probablement aussi. On a remporté trois compétitions mais pas encore le championnat. Ce n’est pas facile ! On a atteint la demi-finale la Ligue des champions d’Asie en 2018. On est maintenant leaders du championnat. Il manque sept matches, ce seront des finales. Être champion serait une récompense pour tout le travail réalisé ici. C’est très facile de travailler ici, mais très difficile par rapport à ce que ce club représente. Le club appartient au sheikh Mohammed bin Hamad bin Khalifa Al Thani, le frère de l’émir du Qatar.

Vous voulez donc arrêter votre carrière à la fin de votre contrat avec Al Sadd ?

Le problème est justement là : je ne sais pas quoi faire. C’est le sujet qui occupe mes pensées et qui me préoccupe. Je ne sais qu’entraîner. J’ai 72 ans, 45 ans de football sans jamais m’arrêter. Il ne manque qu’un continent [l’Amérique] pour dire que j’ai entraîné partout, dans toutes les divisions. Cette question devient beaucoup plus pesante aujourd’hui qu’il y a vingt ans, quand je pensais à construire ma carrière et à remporter des titres. Mon futur avait alors quelques années devant lui. Mais maintenant, c’est différent… Pour celui qui exerce aussi longtemps dans une profession avec passion – ce qui est mon cas – le moment de la sortie est très compliqué. C’est la même chose avec les joueurs. Personne ne veut arrêter. C’est un moment de réflexion et d’angoisse, aussi. Mais il est évident que ce moment devra arriver et il est proche…

Le PSG en tant que propriété d’un fonds qatari est-il le club le plus suivi au Qatar ?

On en parle beaucoup, bien sûr. Tous les Qataris connaissent les liens entre le PSG et le fonds qatari. Le président du club [Nasser Al-Khelaïfi] est une personnalité très connue et très respectée au Qatar. On peut dire que le PSG est un club français sponsorisé par le Qatar.

La famille souveraine du Qatar sollicite-t-elle parfois votre expertise et votre expérience dans le domaine du foot ?

Ce n’est pas fréquent, ici. Au club, on me demande mon avis, bien sûr. Le responsable du sport au Qatar est le Sheikh Mohammed bin Hamad bin Khalifa Al Thani qui est le président du club d’Al Sadd et on discute parfois, et il arrive que ces discussions aillent au-delà d’Al Sadd. Mais, ici, culturellement, les responsables prennent souvent leurs décisions seuls.

Vous avez bien connu Antero Henrique au FC Porto (2006-2010)…

L’avoir vu arriver au PSG en m’a pas du tout étonné. Dans la gestion sportive, c’est le meilleur que j’ai vu jusqu’alors. Antero a pris en main le football au FC Porto un an avant que je ne rejoigne le club. On a passé quatre ans ensemble au cours desquels on a pratiquement tout gagné. Il a une connaissance, une perception du foot très pragmatique et positive. Il aime et sait écouter. C’est avant tout une personne très intelligente, un homme très sûr de lui dans les décisions qu’il prend.

Vous avez été en contact depuis qu’il a rejoint le PSG ?

On s’est vu une fois ici, au Qatar. On a dîné, discuté. On se voit sporadiquement. Nos vies et nos activités font qu’on n’a pas pu se voir souvent. Mais discuter avec lui est toujours un plaisir.

Vous êtes passés par les Girondins de Bordeaux avec Toni, dont vous étiez le bras droit, en 1994-1995. Quel souvenir gardez-vous de ce passage ?

C’était il y a exactement 25 ans. Ce fut très bon. Ça nous a permis de comprendre que nous, Benfica, qui venions d’être sacrés champions, avions quelques choses à transmettre et à apprendre, aussi bien dans le domaine de l’entraînement que dans la gestion d’une équipe. On venait d’un grand club, par son histoire, son implantation sociologique bien plus grande que Bordeaux. Et on a pu constater les différences qui pouvaient exister en ce qui concerne la compréhension du jeu. Peut-être que 25 ans plus tard, certaines personnes arrivent à comprendre pourquoi on s’ouvrait les portes du foot international. Le PSG venait d’être sacré champion de France avec Artur Jorge mais, à l’époque, il était très difficile pour les étrangers et notamment les Portugais de travailler en France. On n’a jamais été très bien acceptés. Bordeaux a été toutefois une belle expérience. Bordeaux est une ville fantastique, un grand club, un club qui avait déjà une histoire avec le Portugal, puisque Chalana y avait joué. Mais c’est un club qui a perdu sa passion et sa stature avec le temps. Le football français est fort mais il n’est pas au niveau de la ligue anglaise, allemande ou espagnole.

Depuis le rachat des Girondins par le fonds GACP, votre nom est apparu comme « conseiller », aux côtés de celui d’Hugo Varela…

Je connais Hugo Varela depuis des années, depuis le temps où il est entré dans le monde du foot comme agent de joueurs. Nous sommes amis. Mais je n’ai aucun lien avec Bordeaux. Je ne connais même pas les liens précis entre Varela et Bordeaux. J’espère que tout se passera bien parce que Varela a les capacités de rendre Bordeaux meilleur. La ville et le club de Bordeaux méritent mieux et, avec lui, ils peuvent grandir.

Déjà que vous êtes dans une période de réflexion concernant votre avenir, ce genre de défi pourrait-il vous tenter ?

Tout ce qui touche au football, qui me laisse la possibilité de rester dans le foot, me fait plaisir. Bien que ça me coûte de le dire, entraîner devient de plus en plus difficile. Mais le reste… Cependant, je n’ai jamais pensé à ça et je n’y pense pas parce qu’il n’y a aucun contact.

Vous connaissez aussi très bien Rui Almeida, l’entraîneur de Troyes, qui a été votre adjoint…

Je le connaissais de nom parce qu’il est le frère de Pedro Almeida, qui a travaillé dans le domaine de la psychologie au Benfica. Je savais que Rui travaillait dans le football, qu’il était compétent mais je ne le connaissais pas personnellement. Et, un jour, en 2011, alors que j’entraînais le Panathinaïkos et que j’avais besoin d’un entraîneur pour enrichir mon staff, c’est Hugo Varela qui m’a soufflé son nom. On a travaillé ensemble au Sporting, à Braga, au Zamalek, jusqu’au jour où l’opportunité d’entraîner le Red Star s’est présentée à lui. Il y est allé et il a eu raison. Il tente de faire une carrière en France et ce n’est pas simple. Il ne faut pas oublier que pour avoir du succès, il faut aussi avoir de bons joueurs. Les bonnes idées, seules, ne suffisent pas. Il n’a pas été loin de faire monter le Red Star en Ligue 1. Il a ensuite eu une expérience à Bastia qui était dans une situation compliquée. Et le voilà à Troyes. Il hérite d’une équipe qui vient de descendre et c’est toujours compliqué. Si une équipe descend, c’est qu’il y a une raison. Il n’est pas courant pour un relégué de remonter dans la foulée. D’autant plus en Ligue 2 où on retrouve beaucoup de clubs prestigieux comme Metz, des anciens champions comme Lens ou Auxerre.

Qu’est-ce qui vous a marqué chez Rui Almeida ?

Pour moi, c’est un très bon entraîneur, avec d’énormes qualités humaines. C’est un homme sérieux et très civilisé. Si on lui laisse le temps et qu’on lui donne les conditions, il atteindra les objectifs fixés par le club. Car c’est un grand professionnel et qu’il possède toutes les compétences pour.

D’où est venue votre passion pour le foot ?

Depuis gamin, je suis passionné par ce sport. A 19 ans, j’étais entraîneur-joueur d’une équipe de troisième division. Quand tous les jeunes sortaient, allaient faire la fête, moi j’allais entraîner. J’ai toujours aimé le jeu. En 1974, au moment de la révolution, j’avais 27 ans, j’ai intégré la fédération comme entraîneur des sélections de jeunes. Ça a été très difficile d’arriver là où je suis aujourd’hui. Parce que je n’étais pas un nom dans le monde du foot. J’ai dû lutter pour devenir crédible auprès des dirigeants, des joueurs, des anciens joueurs qui voulaient devenir entraîneurs, de la presse. C’est une grande fierté pour moi d’y être parvenu.

Vous êtes la première référence de l’école des « entraîneurs-professeurs » portugais. En France, il est difficile de devenir entraîneur au haut niveau lorsqu’on n’a pas été joueur de haut niveau…

Au Portugal aussi, on a vécu cette phase. Je suis peut-être le dernier des premiers entraîneurs-professeurs mais à l’époque, ce n’était pas facile. S’imposer dans un domaine comme le football sans avoir été un pratiquant de top niveau, ce n’est pas simple. Pour devenir entraîneur, c’est important d’avoir pratiqué le football, c’est un argument important, mais ça ne suffit pas. La pratique qu’on acquiert en tant que pro est importante mais, seule, sans connaissance, elle ne permettra pas à celui qui la détient d’être un bon entraîneur.

Ça ne va pas être simple de choisir, mais quel est le souvenir le plus marquant de votre carrière ?

C’est compliqué de répondre à ça… Pour moi, avoir été champion au Benfica a été une chose très importante. A cette époque, être entraîneur au Benfica et être champion était une récompense lourde et chère à la fois. Ça m’a beaucoup marqué. J’ai aussi été très marqué par la défaite en finale de la Coupe des clubs champions face au PSV aux tirs au buts (1988). Et les victoires avec le FC Porto. Intégrer ce club, moi qui étais très lié au Benfica, et être resté quatre ans de suite à la tête de cette équipe… Aucun entraîneur n’est resté quatre ans de suite au FC Porto… J’ai remporté trois championnats de suite. Ce sont des souvenirs différents et qui restent. Je ressens, par exemple, une profonde douleur de ne pas avoir atteint la finale de la Ligue des champions d’Asie l’année dernière parce que je suis sûr qu’on l’aurait remportée. Mais on a gagné une compétition qui est très importante ici : la Coupe de l’émir. C’était pour l’inauguration du stade qui accueillera la Coupe du monde 2022. Ce fut une fête magnifique.

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