Privée d’une carrière qui lui tendait les bras à l’adolescence à cause, entre autres, d’une maladie de croissance, Caroline Vernet (28 ans) a fait ses débuts sur le circuit l’année dernière, après une lente et difficile reconstruction.

Tous les joueurs de tennis en ont bavé pour se frayer un chemin dans cette jungle qu’est le circuit. Et Caroline Vernet peut-être plus que les autres. La Française commence à peine à l’arpenter, à 28 ans, un âge où, quand on n’a pas percé sur le circuit, on entame généralement une autre vie. Mais pas elle. Ex-espoir du tennis stoppé par une maladie de croissance à l’âge de 14 ans, Caroline Vernet, décollera jeudi pour la Tunisie, afin d’y disputer, pendant un mois, des tournois ITF, l’échelon international le plus bas. La prochaine étape d’un très long et sinueux voyage débuté à la petite adolescence. L’aboutissement, aussi, d’un lent processus de reconstruction qui aura permis à la Lyonnaise de réveiller une ambition qui s’était endormie.

Caroline Vernet est en passe de réaliser son rêve, celui qu’elle nourrissait plus jeune, du temps où elle représentait la France aux côtés de Kristina Mladenovic, à l’âge de 14 ans. « Quand je suis jeune, ça se passe plutôt bien pour moi. Pendant quatre ans, j’ai le meilleur classement français », se remémore Caroline Vernet pour RMC Sport. Une maladie de croissance au dos (la maladie de Scheuermann) et une blessure au pouce, l’une et l’autre nécessitant de passer sur la table d’opération, la stopperont brutalement dans son élan. Caroline Vernet se voyait déjà professionnelle. C’est donc tout un monde qui s’écroule autour d’elle.

Caroline Vernet

Caroline Vernet

Caroline Vernet © @AFP

Une adolescence compliquée, des petits boulots, la dépression…

« Pour moi, c’est horrible, confie-t-elle. En plus, ça fait déjà quatre ans que je suis déscolarisée à l’époque, donc je suis complètement déconnectée de la réalité. La réinsertion dans le monde a été très, très dure pour moi. On a mis du temps à trouver ce que j’avais au pouce donc j’ai eu le temps de me faire à cette idée. Je me suis sentie un peu maudite. » Avant ce terrible coup d’arrêt, Caroline Vernet a disputé à trois reprises les Petits As (une fois les qualifications nationales, et deux autres fois le tableau principal), dominant notamment l’Ukrainienne Elina Svitolina, 5e joueuse mondiale actuellement, en huitièmes de finale de l’édition 2007.

Le projet de vie de Caroline Vernet part en fumée. Et la suite est encore plus brutale. Ne parvenant pas à se résoudre à ce que sera sa nouvelle vie, coincée entre les murs du collège puis du lycée (elle arrêtera après la seconde et passera le bac en candidate libre quelques années plus tard), Caroline Vernet se lance dans la vie active. « J’étais serveuse pendant un peu plus d’un an, puis j’ai monté un e-commerce où je vendais des fringues, à 17 ans », se rappelle-t-elle. De petits boulots en projets de vie incertains jusqu’à un nouveau drame personnel qui la marquera profondément, Caroline Vernet sombre dans la dépression. Et c’est le tennis qui l’en sortira, à 25 ans.

Le projet prend forme autour de son compagnon, gérant du restaurant du club où elle s’entraîne. Totalement étranger à ce milieu, ce dernier finit par l’accompagner au quotidien, dans la préparation physique notamment. Pour le reste, la Française dispose d’une mini-structure, composée essentiellement de bénévoles. Elle ne paye personne. « J’ai des intervenants qui viennent éventuellement renforcer l’équipe pour les aspects plus techniques, indique-t-elle. C’est aussi mon copain qui s’occupe du physique, mais pour des trucs plus pointilleux comme la muscu, par exemple, on a d’autres intervenants. J’ai une équipe médicale qui me suit, mais concrètement, le projet, c’est surtout mon copain et moi tous les jours. »

« Très contente de cette vie-là »

Le futur mari de Caroline Vernet s’attèle en effet à faire vivre le projet en trouvant les compétences pour l’épauler, alors qu’il gère également la partie administrative quand il n’est pas sur le terrain, ce qui arrive peu souvent, finalement. « J’assiste à toutes les séances de terrain. Je suis là pour parler de stratégie, pour la suivre aussi. Parce que c’est parfois compliqué émotionnellement sur le terrain. Je suis là pour la cadrer, s’embrouiller aussi, au passage, sourit-il. Elle a du tempérament, ce n’est pas tout le monde qui peut la remettre sur les bons rails. » Caroline Vernet a récolté de l’argent grâce à une plateforme de financement, mais pas suffisamment pour financer sa saison. Et elle ne peut pas travailler en dehors du tennis, sous peine de s’entraîner moins.

« J’ai prévu de passer mon diplôme d’entraîneur l’année prochaine, pour m’auto-financer ensuite, précise-t-elle néanmoins. C’est à moi de jouer le jeu et d’avoir des meilleurs résultats dans les tournois professionnels pour trouver des gens qui me suivent. On m’a déjà proposé de me financer mes saisons mais à des conditions qui ne me plaisaient pas du tout. J’avais peur de finir encore dans balance ton porc. » Sans argent, Caroline Vernet bricole, imagine sans cesse des solutions pour survivre. Un choix de vie difficilement compréhensible pour son entourage: « Parfois c’est dur, pour moi aussi. Je suis au RSA, donc suivie par une assistante sociale. Elle a fait une demande à la mairie pour une aide alimentaire. Tu vois, ça c’est dur. »

Caroline Vernet s'entraîne à Vienne

Caroline Vernet s'entraîne à Vienne

Caroline Vernet s’entraîne à Vienne © @AFP

Aucune limite

Malgré toutes ces difficultés, qu’elle a accepté d’évoquer pour RMC Sport, Caroline Vernet se dit « très contente de cette vie-là ». « Peut-être qu’un jour j’aurai envie d’avoir des enfants, mais si j’ai envie de jouer jusqu’à 35 ans, je ne vois pas ce qui m’en empêcherait », déclare-t-elle. « En termes de fraicheur mentale, je trouve qu’elle a une envie débordante, raconte son préparateur mental. Les années sans tennis lui permettent d’une part de ne pas être « blasée » des voyages, fatiguée de ses combats chaque semaine, et d’autre part de ne pas être là ‘par hasard’… Être sortie du circuit lui a imposé de véritablement se poser la question de ce qu’elle a envie de faire, de faire le tri de ses priorités. »

Et ce, même si à son âge, il y a d’autres contraintes, notamment financières, qu’elle doit aussi gérer… « C’est justement le gros travail que nous faisons en prépa mentale: comment se donner tous les moyens, avec les contraintes financières qui sont les siennes, de pouvoir atteindre ses objectifs, tout en jouant suffisamment détachée pour que l’enjeu ne freine pas son jeu… » Comment va-t-elle gérer ce décalage qu’elle pourrait ressentir entre ses attentes et la réalité d’un circuit auquel elle n’a jamais été confrontée dans la durée ? « Je pourrai vous répondre une fois qu’elle aura pu le vivre sur plusieurs semaines », souffle son préparateur mental.

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Ce qu’elle s’apprête à faire en Tunisie. Caroline Vernet, elle, y croit dur comme fer, persuadée de sa réussite: « J’ai des temps d’endurance qui sont bien meilleurs que les meilleures françaises donc je pense que je suis plutôt en forme. Les filles sortent de plus en plus tard. Pas à mon âge, c’est certain, mais je ne me mets pas de limites en tout cas. »

Quentin Migliarini

https://rmcsport.bfmtv.com/tennis/wta/le-grand-defi-de-caroline-vernet-ex-espoir-du-tennis-stoppee-a-l-adolescence-et-au-rsa_AV-202104260481.html

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