Malgré un état de fatigue légitime, Kevin Mayer est revenu pour Sports.fr sur ce record du monde du décathlon (9126 pts) qu’il a battu le week-end dernier à Talence. Et celui qui a signé l’un des plus beaux exploits de l’histoire du sport français se projette déjà sur de nouveaux objectifs.

Kevin, comment vous sentez-vous deux jours après ce décathlon record du monde ?
Je suis surtout très heureux, mais très fatigué aussi. Il y a forcément beaucoup de fatigue après un décathlon qui a été très difficile, mais énormément de joie.

Qu’est-ce qui domine ? La fatigue mentale ou la fatigue psychologique ?
J’ai tendance à dire que l’une et l’autre sont un peu mêlées. Je finis par les confondre !

Comment se sont passés ces deux derniers jours ?
Ça a été un peu la course. Je me suis réveillé lundi matin à Bordeaux, j’ai fait les médias. Ensuite j’ai pris le train pour Paris, j’ai fait les médias. Je me suis couché hier soir, je me suis réveillé ce matin, et depuis je ne fais que des médias (rires).

Vous avez quand même célébré ce record dimanche soir ?
Oui, on a réussi à fêter ça, même si la fatigue était grande. Ça a été dur de se mettre dedans, mais je suis content, j’ai tenu jusqu’à quatre heures du matin, et je suis allé me coucher !

Vous avez dû recevoir de nombreux messages de félicitations depuis dimanche. Lequel vous a fait le plus plaisir ?
Je pense que c’est l’appel d’Ashton Eaton (l’Américain qui détenait précédemment le record du monde, ndlr). C’est vraiment la preuve que c’est un super mec. Après j’ai reçu énormément de messages, de la part de tout le monde. Ça fait vraiment plaisir de sentir qu’on a un peu marqué l’histoire de son sport, ce sont des moments cools.

Vous le dites vous-même, vous avez la sensation d’avoir marqué l’histoire de l’athlétisme, et même l’histoire du sport français en général ?
Là-dessus, je ne sais pas trop. Je préfère que ce soit les autres qui le disent pour moi. J’essaye juste de faire les plus gros résultats possibles, et après ce sont aux autres de me juger.

Quand vous est venue l’ambition de vous attaquer au record du monde ?
On ne s’attaque pas vraiment au record du monde. On commence un décathlon, et quand on finit la perche on commence à se demander si c’est possible ou pas. C’est utopique de commencer un décathlon en pensant au record du monde, il peut se passer tellement de choses pendant ces deux jours. C’est sûr que je le disais (qu’il pensait au record du monde, ndlr),  mais on a du mal à se dire que ça peut vraiment arriver avant de le faire. Il y a trop de péripéties possibles en deux jours. A Talence, c’est avant la perche (la huitième épreuve, ndlr) que j’ai commencé à y croire. Une fois que j’ai passé la perche, j’ai senti que ça allait le faire.

Reformulons la question, à quel moment avez-vous senti que vous aviez le potentiel pour être recordman du monde ?
J’ai commencé à y penser après les Jeux Olympiques de Rio en 2016. Je fais 8834 points, je termine à seulement 50 points du recordman du monde Ashton Eaton, même s’il avait fait moins que son record (9045 pts, ndlr). Là, j’ai senti que j’avais le potentiel pour le faire, et qu’il fallait que je progresse un peu pour y arriver.

Dans quels domaines avez-vous progressé ? Physique, mental, technique ?
Partout. On essaye chaque jour de s’améliorer, il y a plein de plans sur lesquels on peut progresser. Je pense que je me suis bien entouré pour progresser dans tous les domaines.

Talence était-il le bon endroit pour battre ce record, en France, devant un public de connaisseurs ?
Oui je pense. C’était le meilleur endroit. Sur un championnat d’Europe, ça n’aurait pas eu le même impact. Et puis battre ce record, à la maison, au Décastar, l’un des plus beaux meetings au monde pour le décathlon, c’était vraiment énorme.

Votre saison a été riche en événements (titre mondial en salle à l’heptathlon, échec à la longueur au championnat d’Europe, puis le record du monde). Qu’en retenez-vous ?
Beaucoup de positif, malgré ce zéro aux « Europe ».  La saison a été parfaite à part ce moment-là. C’est pour ça que j’ai voulu continuer ma saison jusqu’au Décastar pour finir sur une bonne note. Je ne me sentais pas capable d’arrêter ma saison là-dessus. J’avais trop à exprimer pour m’arrêter après les championnats d’Europe. Et je ne regrette pas cette décision, vous l’imaginez bien !

Vous vous sentiez en grande forme à Berlin ? Auriez-vous battu le record du monde sans ce raté à la longueur ?
Je me sentais déjà très fort, mais j’ai eu un mois de plus pour m’entraîner, pour encore progresser. Je pense que j’aurais pu battre le record du monde aux « Europe », bien sûr, mais j’ai mieux commencé mon décathlon au Décastar. Je pense que j’étais encore plus fort au Décastar.

Maintenant que vous avez vécu les deux, quel est le moment plus fort entre un titre mondial (à Londres en 2017) et un record du monde ?
Le record du monde, de loin. Clairement. C’était extraordinaire. Il ne fallait vraiment aucun raté, que tout se passe à la perfection sur un week-end. C’était hyper fort. Aux Mondiaux, j’avais un peu raté la perche, ce n’était la même chose. J’avais beaucoup moins de marge. Et là je dépasse des légendes de mon sport, mes exemples.

Quelle est la suite du programme ?
Ma saison est terminée, et je ne vais pas faire la saison hivernale en salle. En tout cas pas en épreuves combinées, je vais peut-être faire quelques épreuves individuelles. Ensuite l’objectif de 2019, ce sont les championnats du monde à Doha. Mais le très gros objectif, c’est Tokyo, les Jeux Olympiques de 2020. J’aimerais vraiment avoir ce titre olympique.

Comme ça vous aurez coché toutes les cases…
Non, il me manque aussi le titre de champion d’Europe !

Vous avez dit ce week-end que ce n’était peut-être pas votre dernier record du monde…
J’ai dit ça à chaud mais honnêtement, je m’en contente largement. Bien sûr que j’aimerais bien l’améliorer. Mais ça aurait été un regret, à la fin de ma carrière, de ne pas avoir battu ce record du monde. Maintenant, ce serait un regret de ne pas être champion olympique.

Ce mardi matin, L’Equipe a fait un peu de prospective en imaginant comment vous pourriez atteindre la barre des 10000 points, qui paraît irréelle…
J’ai vu ça, je suis passé chez eux ce matin. C’est drôle ! Mais 10 000 points, c’est fou. Je suis à près de 900 points. C’est assez inimaginable.

Ils ont imaginé comment vous pourriez largement améliorer vos dix records. Certains sont-ils accessibles ?
Je dirais que cinq ou six sont possibles. J’en ai parlé avec eux, mais ça me paraît fou de réussir à faire ça… (il réfléchit) Après, il ne faut pas se mettre de limites. Je pense que si ça arrive dans l’histoire du décathlon, dans cent ans par exemple, c’est vraiment qu’il y a une légende qui est née. J’espère pour mon sport que ça arrivera.

http://www.sports.fr/athletisme/articles/mayer-ce-serait-un-regret-de-ne-pas-etre-champion-olympique-2269736

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