Tragiquement disparu dimanche dans un accident d’hélicoptère en Californie, Kobe Bryant était un homme de paroles, un chambreur invétéré, un amateur de trash-talking, capable de sortir quelques phrases en bosnien en plein match pour gentiment provoquer Jusuf Nurkic. Mais l’ancienne légende des Los Angeles Lakers était aussi un homme de chiffres. Le 8 et le 24, ses deux numéros de maillot avec la célèbre franchise, le 5, pour le nombre de fois où il a remporté les finales NBA, et puis bien sûr le 81. Pour les mythiques 81 points inscrits par le Black Mamba… en un seul match.

Un Kobe seul au monde

Retour en 2006. Le 22 janvier, exactement. Ce soir-là, les 18.997 spectateurs présents dans les gradins du Staples Center pour assister à la rencontre entre les Lakers et les Toronto Raptors ne s’attendent pas à grand-chose. Comme à chaque match depuis le début de la saison, d’ailleurs…

Les Lakers affichent alors un modeste bilan de 22 victoires pour 19 défaites, et le cinq de départ est assez effrayant: Kobe, 27 ans, doit composer avec Smush Parker en meneur (« Le pire joueur avec lequel j’ai joué », dixit le défunt arrière), mais aussi le pivot Kwame Brown, numéro 1 à la draft 2001 qui essaye toujours de percer cinq ans plus tard (cela n’arrivera jamais), et Chris Mihm, déjà proche de la retraite à 26 ans. Seul Lamar Odom, arrivé deux ans plus tôt de Miami après le départ de Shaquille O’Neal, fait alors office d’équipier fiable.

Le début de match laisse d’ailleurs craindre le pire: Lakers et Raptors offrent au public une bonne bouille de basket. Kobe Bryant est plutôt en forme (14 points dans le premier quart, 12 dans le deuxième), mais ne parvient pas à empêcher à lui seul le naufrage des joueurs en blanc, menés 63-49 à la pause. Pas encore, du moins… Car dans le troisième quart, Black Mamba s’enflamme.

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27 points dans le troisième quart, 28 dans le dernier

Bryant enchaine les fadeaway, les trois points (4/4) et les dunks, le regard noir, le visage fermé, comme possédé. En 12 minutes, il parvient à marquer 27 points supplémentaires pour porter son total à 53, et faire passer les Lakers en tête (91-85). Les Raptors sont eux impuissants. « Il n’a pas dit un mot, n’a jamais gonflé la poitrine, n’a jamais chauffé le public, se souviendra son adversaire Jalen Rose. Sinon il aurait à peine dépassé les 50 points, parce qu’on aurait essayé de lui faire mal physiquement. »

Cela n’a pas été le cas, et Rose et les siens sont de nouveaux restés spectateurs du one-man-show dans le dernier quart. Bryant demande alors tous les ballons, n’en redistribue aucun (on comprend pourquoi): il est en mission. A quelques dizaines de secondes de la fin de la rencontre, le voilà à 77 points, sous les yeux d’un Staples Center debout comme un seul homme. C’est alors que son coach Phil Jackson envisage de le faire sortir. Problème: Bryant est à une petite longueur du deuxième meilleur total de l’histoire, les 78 points de Wilt Chamberlain en décembre 1961. Frank Hamblen, l’assistant de Jackson, lui glisse quelques mots à l’oreille: « Si tu fais ça, il va y avoir une émeute. »

Kobe reste donc sur le parquet jusqu’au buzzer, le temps pour lui de mettre quatre lancers francs supplémentaires, pour conforter la victoire des Lakers (122-104) et finir à 81 points. Quarante-quatre ans après les 100 points de Chamberlain en mars 1962, Black Mamba entre dans la légende de la NBA. « Pour moi, ce qu’il a fait était même plus impressionnant que Chamberlain, dira Kareem Abdul-Jabbar. Et ce à cause de la diversité des shoots qu’il a pris. C’était une démonstration de polyvalence. »

Son coéquipier Luke Walton lui a demandé un autographe

A tel point que même son coéquipier Luke Walton (14 min de jeu ce jour-là) en eut le souffle coupé. « C’est l’une des rares fois dans ma carrière où je me suis senti plus fan que partenaire, expliquera plus tard le futur coach. Je lui ai même demandé de me signer une place après le match. » Un souvenir. Un trésor. Et l’intéressé? Que pense-t-il alors de sa performance? « C’est arrivé, voilà tout, souffle Kobe devant la presse. C’est dur à expliquer. Je ne l’avais pas préparé, je visais juste la victoire, et cela s’est transformé en quelque chose de spécial. M’asseoir ici et dire que je comprends ce qu’il s’est passé, ce serait mentir. »

Dans le détail, Kobe Bryant a terminé la rencontre à 81 points donc, 28/46 au tir (dont 7/13 à 3 points) et 18/20 aux lancers francs, pour 6 rebonds et 2 passes. Sur la seconde période, il a réussi à mettre plus de points (55) que l’ensemble de l’équipe des Raptors (41). En 2016, dans un article du Los Angeles Times, un ami de John Radcliffe, l’homme en charge du comptage des points à la table de marque, racontait à quel point celui-ci avait transpiré: « Il avait vraiment galéré pour faire loger dans les cases tous les points que Kobe mettait, s’amusait-il. Il n’avait jamais eu à noter quelque chose d’aussi fou. Alors il a dû finir en écrivant tout petit. » Pour la petite histoire, avant sa mort en 2009, Radcliffe avait envoyé à Bryant une copie de sa feuille de stats manuscrite.

Finalement, un seul homme viendra nuancer la performance de Black Mamba: Vince Carter. « C’est formidable pour la ligue, pour lui, rien que pour le buzz que cela suscite, déclare à chaud ‘Vinsanity’. Le problème, c’est que des gamins, dont l’esprit est malléable, vont maintenant penser: ‘Oh! Moi aussi je vais faire la même chose’, et ils oublieront le concept d’équipe. C’est ce qui me dérange, les gens doivent comprendre comment jouer collectivement. » Réponse de Kobe Bryant: « Mon message pour les jeunes, c’est que si vous travaillez dur, vous pouvez dépasser les attentes de n’importe qui, même les vôtres. » Les chiffres, et les paroles.

https://rmcsport.bfmtv.com/basket/mort-de-kobe-bryant-le-jour-ou-black-mamba-a-mis-81-points-en-un-match-1847917.html

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