Quelle est la différence entre le Romain Ntamack qui a vécu sa première sélection lors du Tournoi des VI Nations l’an passé et le Romain Ntamack d’aujourd’hui?

Romain Ntamack: « Et bien je sais à quoi m’attendre maintenant. L’année dernière, c’était plutôt de la découverte, un peu d’appréhension de voir quelque chose de nouveau et de différent. Avec l’année passée, je sais de quoi seront fait les matchs. L’intensité, le niveau. Donc l’appréhension est moins là. »

Est-ce que le joueur que vous êtes est différent?

Différent, je ne pense pas. Avec beaucoup plus d’expérience, oui. Bien plus grande.

On parle souvent d’un palier quand on évoque le niveau international. Comment cela peut-il se décrire?

On peut expliquer, mais tant qu’on n’a pas vécu un match international, on ne se rend pas compte. Et moi je ne m’en rendais pas compte non plus avant de connaître ça! Et quand tu le découvres tu te dis vraiment que c’est un palier ou deux par rapport à ce qu’on vit d’habitude. Sur les gros matchs de Coupe d’Europe, ça s’en rapproche, mais le niveau international c’est vraiment particulier. Des matchs dont on rêve tous, géniaux à jouer.

Quelle est la différence, dans le détail?

Ça va plus vite, ça cogne plus fort, stratégiquement, c’est dix fois plus précis. Ce sont les meilleurs joueurs de la planète, donc tout est millimétré. Le moindre petit détail, le moindre ballon tombé peut te faire perdre un match. Des détails négligés qui passent la plupart du temps en Top 14, voire en Coupe d’Europe et encore, à ce niveau-là, ne pardonnent plus.

Alors il y a une question qui revient souvent vous concernant, c’est de savoir si vous êtes un demi d’ouverture ou un trois quart centre…

Je me sens bien à l’ouverture. J’aime bien jouer à ce poste. Après, comme je le répète souvent, quand je suis centre au Stade Toulousain, le poste est très complémentaire de l’ouvreur. Dans notre façon de jouer, je prends parfois la position de dix pendant le match et il n’y a que le numéro qui change. Mais c’est vrai qu’avec l’équipe de France, j’ai beaucoup aimé jouer dix. Je me suis bien senti l’année dernière et notamment pendant la Coupe du monde. Et de se focaliser sur un seul poste, c’est bien aussi, ça me permet des automatismes, des habitudes à ce poste-là et ne pas bouger après.

Mais passe-t-on d’un poste à l’autre, d’un match à l’autre ou au sein d’une même rencontre, sans souci?

Non, il y a des réglages. Après, c’est vrai que j’ai l’habitude de le faire en club, un match sur deux. Mais je pense que pour vraiment avoir de la bouteille à l’ouverture, il faut enchaîner des matchs à poste-là. Et après, ça permet d’avoir des automatismes, un regard plus précis sur le poste. Et quand tu le fais d’un match à l’autre, ces automatismes arrivent plus lentement.

Est-ce que vous comprenez que, de l’extérieur, ça puisse paraître incongru que l’ouvreur de l’équipe de France n’occupe pas ce poste en club?

Forcément. Forcément. Je suppose que ça fait beaucoup parler. Mais encore une fois, je pense qu’à la Coupe du monde, j’ai été uniquement à ce poste-là et je pense avoir fait de bonnes choses. Donc c’est vrai qu’en équipe de France, je suis un ouvreur à leurs yeux et dès qu’on m’appelle je me considère comme tel. La question ne se pose plus dès que j’arrive en Bleu.

« Je n’arrive pas en tant que taulier »

Vous avez été l’ouvreur titulaire du XV de France à la Coupe du monde. Abordez-vous le Tournoi avec ce statut?

Je ne sais pas. C’est difficile de déjà se projeter. Mais je pense qu’on aura tous des discussions avec le staff. Avec Fabien (Galthié), avec Laurent Labit qui s’occupe des trois quarts. Dès le début, on sera tous fixés et on saura vers quoi on partira. Moi, on m’appelle, si on a besoin de moi pour répondre présent, il n’y a pas de souci là-dessus. Après, le staff fera ses choix. Mais encore une fois, je ne me dis pas que j’arrive en tant que taulier ou titulaire. Pas du tout. Ce n’est pas parce que j’ai fait la Coupe du monde que ça veut dire quoi que ce soit. Pour moi, c’est passé, c’est remis à zéro.

N’est-il pas important d’installer une charnière, comme d’autres nations, comme la Nouvelle Zélande, l’Angleterre ou l’Irlande, ont pu le faire?

Oui je pense que c’est important de le faire. Et je pense que le staff a une idée bien précise là-dessus. Ils nous expliqueront tout ça en temps voulu, au rassemblement.

La concurrence est maintenant forte. Vous connaissez bien Mathieu Jalibert et Louis Carbonel. Quelle relation entretenez-vous avec ces joueurs?

On se connaît depuis maintenant bien longtemps. On a évolué ensemble dans les catégories jeunes. On a joué les uns contre les autres dans les catégories jeunes aussi dans nos clubs respectifs. Donc forcément, ça fait plaisir de voir l’évolution que chacun a de son côté. Ce n’est pas un aboutissement mais on va dire une récompense logique du travail fourni par Louis et Mathieu. Donc c’est bien, on va pouvoir se retrouver. On est jeune, on va pouvoir rigoler et travailler sérieusement ensemble. Et que ce soit eux ou même les autres. Je suis très content pour Kilian Géraci, pour Cameron Woki, avec qui je joue chez les jeunes depuis que j’ai quinze ans. D’être appelé avec la grande équipe de France, c’est forcément énorme et ça fait plaisir.

Qu’est-ce qui peut vous éloigner ou vous rapprocher en terme de jeu ?

(Il souffle) Chacun a son style et joue différemment. Et on a tous des projets de jeu différents dans nos clubs donc des façons de jouer différentes. En fonction des clubs, des entraîneurs et ce qui est mis en place aussi. Donc je pense que chacun a de très bonnes qualités, car si on est appelé c’est qu’on a quasiment tous les mêmes. C’est bien, on va pouvoir se regarder aussi à l’entraînement et apprendre les uns des autres. Ça va être intéressant.

Il y a-t-il du jeunisme en équipe de France? Une page se tourne-t-elle?

Forcément, il y a un gros rajeunissement. Le plus capé, c’est Gaël (Fickou) et il a tout juste 25 ans. C’est bien, ça montre aussi l’envie de faire évoluer les jeunes au plus haut niveau rapidement, de leur faire prendre conscience de ce qu’est l’équipe de France et les matchs internationaux aussi. C’est que du positif. Et si jamais il y a des petits pépins, ça n’empêche pas de rappeler certains trentenaires. Moi je trouve que c’est très bien d’avoir une liste comme ça.

C’est la récompense de vos aventures avec les -20 ans et de vos deux titres de champions du monde?

Je pense, oui. La récompense car personne ne l’a volé. Tous les joueurs font aussi de grosses performances tous les week-ends en club. D’un juste travail. Après quand on voit que la moitié de l’équipe est passée par les -20 ans, ça montre aussi que la formation française marche plutôt très bien depuis maintenant quelques années.

Il faut laisser du temps à cette équipe de France et ses nombreux jeunes?

Oui. Mais le problème, c’est que l’on ne laisse jamais trop le temps aux jeunes de montrer leur potentiel. Il ne faut pas d’entrée mettre une pression monstre. Il ne faut pas s’attendre à ce qu’on survole tout le monde, que contre l’Angleterre on en mette quarante. Il faut laisser le temps à l’équipe de prendre, d’intégrer le projet de jeu de trouver les repères et ça viendra au fur et à mesure des années. On ne va pas parler de Grand Chelem d’entrée, même si tous les joueurs sont là pour atteindre cet objectif. Quand on voit les qualités qu’il y a, si on laisse le temps, on fera quelque chose à l’arrivée.

« C’est jeune, donc ça va être vivant, dynamique »

Pourtant le sélectionneur Fabien Galthié a annoncé la volonté de gagner rapidement des matchs et des titres…

On a tous envie de regagner. Ce n’est pas parce qu’on laisse du temps qu’il faut perdre ou faire des matchs pourris. Tous les joueurs qui sont appelés veulent gagner tous les matchs. Laisser du temps n’empêche pas de vouloir gagner rapidement. Et que ça aille plus vite que prévu au final.

Vous attendez-vous, avec ce que vous avez commencé à mettre en place à la Coupe du monde et le profil des joueurs sélectionnés, à une certaine ambition au niveau du jeu?

Je pense oui. Quand on voit les joueurs, il n’y a que des joueurs « de ballon » qui sont présents, on a envie de jouer, de produire du jeu. Forcément, il y a un cadre à respecter, des principes, des bases. Mais quand on voit les joueurs qu’il y a, qui sont des électrons libres dans leurs clubs, qui peuvent faire des différences individuellement, il faudra laisser une certaine forme de liberté. Tout ça sera présenté par Fabien et son staff durant le rassemblement, mais c’est l’envie qui va être donnée.

Avec le manager Raphaël Ibanez, Fabien Galthié a parlé de cadre, d’identité. Il y a-t-il un besoin à ce niveau-là ?

Oui. Il faut que tout le monde travaille dans le même sens. Que tout le monde soit « focus » sur un seul et même objectif. Mais je pense que c’est ce qui va se produire, je ne suis pas inquiet pour l’équipe. Que ce soit l’ambition qui va l’animer ou l’ambiance qu’il y aura au sein du groupe. C’est jeune, donc ça va être vivant, dynamique. Ça va rigoler et ça va travailler dur quand il faudra travailler dur. Je ne suis vraiment pas inquiet sur les échéances à venir.

Il y avait-il besoin de « serrer les boulons » à un moment?

Je pense oui. Comme dans toute équipe qui se construit. Il faut forcément serrer les boulons à un moment ou un autre. Mais je pense que Fabien et son staff ont assez d’expérience pour juger quand est-ce qu’il faudra le faire et quand est-ce qu’il faudra laisser de la liberté. Ils ont largement l’expérience pour ça et ils sauront diriger l’équipe.

https://rmcsport.bfmtv.com/rugby/ntamack-en-equipe-de-france-je-suis-un-ouvreur-a-leurs-yeux-1844209.html

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.