L’espoir est caressé depuis longtemps par cet amoureux de longue date des rings. Et si l’UFC se lançait dans la boxe? Patron exécutif de la principale organisation de combats de MMA, Dana White semblait parti pour transformer son rêve en réalité. Mais il va sans doute se muer en néant. Depuis le rachat de l’UFC par la puissante agence WME-IMG en 2016 et le carton financier du « choc » entre l’invaincu boxeur Floyd Mayweather et la superstar du MMA Conor McGregor en août 2017 à Las Vegas, « Tonton Dana » (un de ses surnoms) avait pourtant franchi un cap important en baptisant sa volonté, Zuffa Boxing, et en alimentant toutes les spéculations. On a évoqué des offres mirobolantes à Anthony Joshua, le champion britannique gendre idéal des poids lourds, ou Mikey Garcia, pugiliste américain titré dans quatre catégories. Des informations ont tourné sur la possible volonté de s’associer avec le promoteur Bob Arum et sa société Top Rank ou avec son rival Al Haymon et son écurie Premier Boxing Champions. 

Lancement prévu en octobre… mais rien

La diffusion en 2018 sur le Fight Pass, service de vidéos en streaming de l’UFC, du « combat de retraite » du grand boxeur américain Roy Jones Jr. avait encore renforcé l’idée du sérieux de la chose. White avait même fini par s’avancer sur une date de lancement et le recrutement d’un capitaine à la barre du navire. « J’ai engagé quelqu’un pour gérer la partie boxe, expliquait-il début août dans une interview sur la chaîne YouTube de l’UFC. Des bureaux sont en train d’être construits ainsi que toutes les choses dont on aura besoin. J’espère que Zuffa Boxing sera lancé et opérationnel en octobre. » Mais octobre est venu. Rien. Puis novembre. Rien. Et ainsi de suite. On s’est dit qu’il y avait un hic. Bingo.

Conor McGregor (à gauche) et Floyd Mayweather lors de leur combat en août 2017 AFP – Conor McGregor (à gauche) et Floyd Mayweather lors de leur combat en août 2017

S’il n’enterre pas encore l’idée pour de bon, car trop malin pour insulter l’avenir, Dana White ne paraît plus très motivé par la perspective de s’inviter dans le monde des rings. « Je vous avait dit que je tiendrais une conférence de presse en octobre pour annoncer tout ça, mais quand j’ai plongé dans le truc et que je me suis vraiment intéressé à ce sport et à son économie, j’ai vu que c’était un grand bordel, a-t-il confié il y a quelques jours dans une interview accordée à Kevin Iole de Yahoo Sports. Un grand bordel qui a de gros problèmes. Je ne sais pas si la boxe peut être réparée. » Celui qui doit se dépêtrer de son idée de maintenir coûte que coûte l’événement UFC 249 le 18 avril malgré la crise sanitaire actuelle a souvent répété vouloir « remettre sur pieds » le noble art, presque le sauver de ses propres démons. Mais le côté tentaculaire des coulisses et de la politique de la boxe aura eu raison de sa volonté. 

« La boxe est peut-être trop cassée pour être réparée »

S’il avançait vouloir faire les choses « de la bonne façon » par rapport aux autres promoteurs, dont un certain Oscar De La Hoya pour lequel son inimitié est publique et remplie de noms d’oiseaux, et donner à la boxe les grands combats qu’elle se refusait trop souvent à faire (ou trop tard), White s’est retrouvé opposé à l’impossibilité de faire bouger le système d’un milieu qui ne fonctionne pas comme le sien. Une pensée déjà résumée fin août, soit très peu de temps après… son annonce d’un lancement de Zuffa Boxing en octobre, au micro de la journaliste Helen Yee qui l’interrogeait sur le Suédois Otto Wallin, futur adversaire de Tyson Fury, qui n’avait même pas… sa propre page Wikipedia.

« C’est l’un des plus gros problèmes de la boxe, lançait-il alors. Vous avez quelqu’un comme Tyson Fury qui sort d’un incroyable combat contre Deontay Wilder. Les gens ont aimé ce combat, mais qu’est-ce qui se passe? Cela termine sur un nul et ils ne font pas de rematch dans la foulée. Et ils n’affrontent pas un des deux autres ‘grands’. Comment est-ce possible? Ce n’est pas seulement un des mauvais côtés de la boxe mais bien un des côtés vraiment stupides de la boxe. Tout le monde veut combattre dans son petit pré-carré alors que s’ils faisaient les choses de la bonne façon, il y aurait des tonnes d’argent à se faire pour tout le monde. Il y aurait plus de fans et de couverture médiatique, etc… Je ne me prends par pour monsieur Je-vais-arriver-et-sauver-et-réparer-tout-ça. Je ne sais pas si ça peut être réparé. La boxe est peut-être trop cassée pour être réparée. Mais on va essayer. »

Changer le système au profit des boxeurs de l’ombre

Sa volonté consistait à centraliser les combattants sous une bannière à la façon du modèle UFC. « Si quelqu’un ne change pas ça, ça restera toujours comme ça, poursuivait-il. Nous nous occuperons des boxeurs comme des autres gars ici. En boxe, il n’y pas la force de la marque comme chez nous, la machine UFC dont je parle souvent. Quand vous mettez un gars ou une fille talentueux dans cette machine et que vous commencez à les construire grâce à elle, il n’y a aucun équivalent dans la boxe. C’est ce que je veux construire. » Elle passait aussi par un lissage des émoluments au profit des boxeurs de l’ombre. Car s’il est vrai que les plus grands gagnent plus que les stars de l’UFC en montant comme en pourcentage des revenus, sauf l’exception Conor McGregor, les pugilistes de seconde zone connaissent souvent de grosses difficultés financières.

Dana White (à droite) porte un t-shiort Zuffa Boxing avec Conor McGregor avant son combat contre Floyd Mayweather en 2017 AFP – Dana White (à droite) porte un t-shiort Zuffa Boxing avec Conor McGregor avant son combat contre Floyd Mayweather en 2017

« Chez nous, tout le monde est payé, pas juste les deux-trois meilleurs, rappelait-il à Sports Illustrated. Je m’occupe de plus de 600 gars qui gagnent leur vie, nourrissent leur famille et achètent des maisons, des voitures et tout le reste. Quand vous regardez la boxe, une poignée de gars se font beaucoup, beaucoup d’argent et derrière, vous trouvez des milliers de combattants qui gagnent très peu. On peut créer un système salarial qui bénéficie à tout le monde. On trouve encore des gens qui viennent de passer pro et qui montent sur le ring pour 400 dollars le combat ou 100 dollars (91 euros) par round. On trouve des gens qui combattent pour un titre mondial pour 10.000 ou 15.000 dollars. C’est ce que je veux réparer. » Mais difficile avec une telle idée de convaincre la crème de la crème, les Joshua, « Canelo » Alvarez et autres, indispensables pour être crédible, de franchir le cap en acceptant d’être moins rémunérés. 

Pas d’événement mixant les disciplines

Et pas question pour White d’utiliser l’envie de certains combattants UFC d’affronter des stars de la boxe – question de gros sous – à l’image du défi lancé par le « BMF » Jorge Masvidal à Canelo pour créer des événements hybrides mêlant les deux disciplines. Si Bellator (autre organisation majeure de MMA) a commencé à le faire, avec en général MMA et kickboxing, le patron exécutif de l’UFC précise à Kevin Iole ne pas vouloir de ça chez lui: « Quand vous faites un événement UFC ou de boxe, toute l’attention doit être sur cette discipline. Cela commence par le combat principal et ça ruisselle sur le reste de la carte. Il y a de super combats qui vous permettent de connaître des combattants que vous ne connaissiez pas. Vous ne pouvez pas mixer tout ça. Selon moi, ça ne marche pas, tout simplement. L’autre truc, c’est que chaque chose a son propre groupe de fans. Le public était différent pour Fury-Wilder de ce qu’il serait pour Khabib-Ferguson. Quand on fait des pay-per-views, ce ne sont pas les mêmes acheteurs. Il y a la base, les fans hardcore qui vont presque tout acheter et consommer, et ensuite différentes personnes viennent selon les types de combat. » L’idée est bien en train lui passer.

https://rmcsport.bfmtv.com/boxe/pourquoi-l-ufc-abandonne-l-idee-de-se-lancer-dans-la-boxe-1885351.html

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