Vous entamez une nouvelle campagne de Coupe d’Europe à Gloucester. Après avoir été champion de France, visez-vous clairement le titre de champion d’Europe?

On veut aussi être champion de France. Les titres sont tellement durs à aller chercher actuellement… on ne peut pas se permettre de dire on veut ce titre-là, ou celui-là. L’an passé on ne pensait même pas sortir de la poule en Coupe d’Europe. Et on est arrivé en demi-finale. Donc on ne se pose pas de question. Ce club ne s’est jamais posé la question, n’a jamais privilégié une compétition. Et ce n’est pas aujourd’hui que nous allons le faire.

Est-ce que ce groupe du Stade Toulousain, de par son potentiel qui a peu bougé, peut durer dans le succès?

C’est vrai qu’il a peu bougé. Mais après, comme après chaque victoire, il y a une remise en question qui est plus difficile à faire que dans la défaite. C’est sûr que lorsque nous avons fini 12e du Top 14 (en 2017, NDLR), il n’a pas fallu grand-chose pour nous remobiliser sur l’année suivante. Maintenant, il faut savourer ce titre, en profiter. Mais si l’après titre est agréable, il est aussi difficile. On est plus attendu par les adversaires, qui vont faire les efforts plus longtemps dans un match pour rivaliser avec le champion. Donc pour nous, si on n’a plus rien à prouver sur la qualité de notre jeu, la qualité de nos turnovers, il faut juste qu’on soit sérieux sur l’envie et l’enthousiasme que l’on peut transmettre. Comme on l’a transmis l’année dernière.

Car le potentiel est le même et les jeunes de l’effectif ont également pris de l’expérience…
Bien sûr. Les jeunes ont pris de l’expérience. Ils ont pris plus de place aussi dans l’effectif. Mais il faut assumer derrière. Assumer ce rôle-là, le fait d’être champion. Se déplacer avec le Bouclier sur l’épaule du maillot. Et ce n’est pas évident de se remettre en question chaque week-end, même si on n’a envie d’aller le plus loin possible. Laisser le club le plus haut possible.

En évoquant ces jeunes, derrière vous ça pousse. Les Tauzin, Lebel, Bonneval. Vous-même avez connu ça avec à l’époque les Clerc, Heymans, Poitrenaud, Garbajosa. Que leur dites-vous ? Que ce ne sera pas facile de vous prendre la place, comme ça s’est souvent fait en terme de succession au club?

(il rigole) Non, on travaille ensemble. Je leur donne un peu de fil à retordre aux entraînements! Car Vincent (Clerc), Clément (Poitrenaud) et Cédric (Heymans) ne nous laissaient rien passer. Et je pense que ce qui fait la force du club aujourd’hui, c’est d’arriver à transmettre. Dans la difficulté. Aux entraînements, dans les échanges, dans tout ce qui est « opposition ». C’est ça qui fait que ce club est à part. Parce qu’on t’accueille, mais il faut prouver derrière.

Vous avez connu cette filiation, où étant jeune vous devez vous faire la place?

Oui! Ca a toujours été comme ça au Stade Toulousain. On vous accueille les bras ouverts. Mais il faut du répondant pour vous mettre un peu dehors car on ne va pas laisser la place comme ça.

Ca a été dur de se faire cette place au milieu de ces anciens qui avaient beaucoup gagné?

Oui. J’ai énormément appris à leur côté. Mais ce fut dur. Surtout avec « Garba » (Xavier Garbajosa, NDLR), qui était très dur. On ne l’imagine pas, mais il a été très dur avec les jeunes. Vincent (Clerc) aussi, avec sa tête de gendre idéal, n’était pas commode également. Mais ça nous a fait grandir, mûrir. Mais aujourd’hui, on peut les remercier car ils nous ont transmis cette « culture » Stade Toulousain, qu’on essaie à notre tour de transmettre.

« Aujourd’hui, le club a plus d’importance que l’équipe de France, c’est dommage »

A 32 ans, avez-vous encore envie de postuler à une place en équipe de France?

On postule toujours pour le XV de France. On postule toujours. Parce que ça fait partie d’un relais l’équipe de France. C’est mon pays. Donc tant que je serai potable sur le terrain, percutant, tant que je serai compétitif et compétiteur, je postulerai toujours pour l’équipe de France.

Même si un nouveau cycle va s’ouvrir?

Il y a toujours des cycles. Mais il faut aussi partir avec de l’expérience, comme ça s’est fait en 2012 après la Coupe du monde ou en 2015 avec quelques joueurs pour encadrer. Je pense qu’on ne peut pas repartir totalement à zéro. Donc si on peut encadrer tout ça sur un Tournoi ou voire plus, on le fera volontiers.

Vous avez découvert le nouveau sélectionneur Fabien Galthié pendant cette Coupe du monde. Qu’a-t-il apporté au groupe?

Tout le monde avait un a priori sur lui avec tout ce qui pouvait se dire, s’écrire. Et au final on sent un homme très engagé, très passionné par le rugby. Il est arrivé avec ses convictions et tout le monde a adhéré à sa philosophie de jeu, de penser et vivre le rugby. Car c’est quelqu’un qui connaît le rugby sur le bout de ses doigts. Par cœur. On peut lui poser une question, il a toujours la réponse. Et même s’il ne l’a pas, il va revenir quelques heures après avec. Et c’était un bonheur de partager ça avec lui, Laurent Labit et tous ceux qui étaient déjà là avant. Tout le monde a su trouver sa place et c’était le plus important. En fait c’est un passionné, qui aime le rugby. Comme Laurent Labit peut l’aimer, ou Jean-Baptiste Elissalde. Ils transmettent et c’est le plus important.

En marge de sa présentation, Fabien Galthié a évoqué la relation avec les clubs de Top 14. La question du temps de jeu des internationaux et de leur mise à disposition est-elle primordiale?

Aujourd’hui, tout le monde voit une nouvelle génération, pétrie de talent, arriver. Maintenant, si on les prend et, comme on a pu faire avec Yoann Maestri par exemple, on les fait jouer 30 ou 35 matchs par saison, et se dire qu’ils n’avancent plus, qu’ils sont moins percutants, performants au bout de trois saisons… il faut tous travailler dans le même sens pour protéger cette nouvelle génération. Romain Ntamack ne pourra pas enchaîner 30 matchs par saison jusqu’à la Coupe du monde 2023. Ce n’est pas possible. Protégeons-les. Entre les clubs, la Ligue, la Fédération, que tout le monde travaille dans le même sens, c’est important.

Avez-vous parfois envié les joueurs néo-zélandais, irlandais, qui n’effectuaient que 25 matchs au maximum dans la saison quand les Français enchaînaient Top 14, Coupe d’Europe et XV de France?

C’est clairement dur d’enchaîner tout ça. Et on prend souvent l’exemple des Tournées d’été qui sont très dures pour les organismes et qui, en plus, décalent toute notre préparation pour la saison suivante. Après, les Tournées de novembre et le Tournoi des VI Nations, c’est ce qu’il y a de plus beau. Donc on ne peut pas dire qu’il faudrait enlever ces matchs-là, car l’équipe de France doit être placée au-dessus de tout. C’est ce qui est dommage aujourd’hui. Le club a plus d’importance que l’équipe de France.

Est-ce que ces toutes ces années de très haut niveau sont usantes?

Non, ce n’est pas usant. C’est du plaisir. On ne peut pas se permettre de dire que c’est usant quand on voit ce qu’il se passe à côté de nous. Si on m’avait dit un jour que j’allais connaître tout ce que j’ai connu, j’aurais signé de suite. Ma carrière, avec les hauts et les bas. Aujourd’hui, ce n’est que du plaisir. C’est fatiguant, parce qu’il y a beaucoup de sacrifices derrière, notamment au niveau de la famille. Mais j’aurai le temps de me rattraper.

Vous serez en fin de contrat en juin 2021. Vous aurez alors 34 ans. On fait quoi à cet âge-là?
Je ne sais pas. On écoute son corps. J’ai beaucoup donné. Beaucoup de sacrifices mais parce que c’était et c’est toujours ma passion. Et si mon corps dit stop, j’arrêterai. Mais si je me sens encore plein d’énergie, j’essaierai de continuer. Mais je ne vais pas pousser mon corps à la limite de la casse, parce que ce n’est pas la fin dont j’ai envie.

https://rmcsport.bfmtv.com/rugby/stade-toulousain-garbajosa-etait-tres-dur-se-souvient-huget-maintenant-confronte-a-la-concurrence-des-plus-jeunes-1805914.html

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