Paul Goze, le ministère des Sports a confirmé une aide de 40 millions d’euros pour les clubs par le fonds de compensation des pertes de billetterie. Quelle est votre réaction?

Nous sommes contents puisque c’est une mesure à la fois nécessaire et vitale, qui rassure les clubs et leurs trésoreries. On imagine que ça devrait être régularisé dans le courant du mois de décembre. La situation et la problématique du rugby professionnel, qui vit à 60 ou 70% de ses recettes de match, ont bien été comprises par les pouvoirs publics. Le dédommagement n’est pas encore à la hauteur de ce que représente les pertes des clubs mais c’est une bouffée d’oxygène.

Le rugby français est-il actuellement vraiment menacé?

Les clubs vont surmonter très difficilement cette crise, mais évidemment il ne faudrait pas que ça dure. Les clubs ont besoin de retrouver leur public au plus vite. C’est pour cela que nous demandons à reprendre avec un certain nombre de spectateurs à partir du 15 décembre et en montant progressivement jusqu’à la phase 3 qui est prévue le 20 janvier. Si nous avions cette possibilité, cela favoriserait aussi la situation financière des clubs. Le huis clos prive les clubs de recettes mais il est aussi générateur de sorties d’argent pour les clubs puisque les partenaires, et éventuellement les abonnés, peuvent demander le remboursement des prestations qui n’ont pas été fournies. C’est une double peine. Retrouver du public dès le 15 décembre permettrait de limiter les désagréments importants que provoquent le huis clos.

Etes-vous optimiste?

Il faut toujours l’être. Nos arguments ont semblé porter auprès de la ministre des Sports qui comprend très bien la situation des clubs. A partir du moment où des jauges partielles sont autorisées dans les théâtres et des cinémas, qui sont des lieux clos, il n’y a pas de raison majeure pour cela ne soit pas le cas dans un environnement ouvert, avec un protocole sanitaire adapté, dans le stade et à l’arrivée des spectateurs puis la régulation à la mi-temps et à la sortie. Avec la possibilité de répartir les gens sur l’ensemble du stade. On peut imaginer qu’ils soient répartis sur les quatre tribunes avec une distance importante entre les spectateurs et les mesures barrières classiques, comme le gel ou le masque. Tout cela est très possible dans les stades. C’est pour ça que nous avons relativement bon espoir d’être entendus.

Le gouvernement travaille sur des jauges en fonction de la capacité des enceintes, ce que beaucoup réclamaient dans le monde du sport depuis plusieurs semaines…

Cela me parait tout à fait logique que la jauge ne soit pas un chiffre applicable partout et de manière uniforme mais un pourcentage. C’est pour ça que nous avons proposé un remplissage de 25% réparti sur l’ensemble du stade. Si cela était le cas dès le 15 décembre, ce serait une autre bouffée d’oxygène pour les clubs, puisque cela permettrait d’accueillir des partenaires et des abonnés. Les clubs ne seraient alors pas soumis à d’éventuels remboursement futurs.

Ces aides de l’Etat viennent compenser des pertes calculées sur des jauges à 5.000 spectateurs, mais les besoins sont finalement bien plus importants…

Oui. C’est pour cela, qu’au-delà de cette demande de subvention dont on parle, on a évidemment demandé l’exonération des charges sociales pour octobre, novembre et décembre. Cela ne compensera pas totalement toutes les pertes des clubs mais cela leur permettra de passer cet obstacle très difficile et de voir plus sereinement l’avenir. Je vous rappelle que nous avions travaillé très tôt sur ce sujet. Dès le mois d’avril, puis en septembre. Depuis, nous sommes en discussions avec les pouvoirs publics. On s’y est pris très tôt et je pense que, malgré les aléas administratifs, on arrive au bout du tunnel.

« Un fonds d’investissement n’est pas là pour combler un déficit »

Beaucoup estiment désormais que le rugby doit changer son modèle économique en s’appuyant sur des fonds d’investissement. Qu’en pensez-vous?

Un modèle économique peut toujours s’améliorer et la crise a mis en exergue un certain nombre de points faibles. Mais, comme son nom l’indique, un fonds d’investissement est fait pour investir. Il n’est pas là pour combler un déficit existant dans le rugby. Ponctuellement, nous avons ce problème de la crise sanitaire que nous allons régler j’espère. Un fonds d’investissement ne peut être envisagé que s’il existe un véritable projet de développement du rugby professionnel dans les années à venir. Commençons par mettre un projet sur pied, quelque chose qui permettrait au rugby français de se développer encore davantage, encore plus que sur les 20 dernières années, et alors nous pourrons parler d’un fonds d’investissement. Bien sûr qu’un fonds d’investissement, c’est tentant. Les gens vous donnent de l’argent et ça parait facile. Mais je ne suis pas sûr que ça soit une solution extrêmement pérenne sans projet en face.

Les dossiers sont-ils aujourd’hui avancés?

Nous avons fait un certain nombre d’études mais il n’y pas de discussions avec les fonds d’investissement. Il faut d’abord qu’une grande majorité, ou l’ensemble des présidents, soit d’accord puisque c’est une décision forte. Une fois que c’est le cas, il faut définir un projet, établir un cahier des charges et voir quels fonds d’investissement sont intéressés par le rugby. Ce n’est pas demain la veille que nous y serons.

Vous avez connu votre dernière année pleine en tant que président de la LNR. Comment l’avez-vous vécue?

Comme une année agitée et particulière. Nous n’avons quasiment effectué que des réunions téléphoniques ou des visioconférences, sans se voir, depuis le mois de mars. Il a fallu gérer ces difficultés financières, les soucis de calendrier ou mettre les clubs d’accord pour terminer les saisons en mars, aujourd’hui gérer une saison secouée par les reports… Sans oublier une tournée d’automne qui prévoyait trois matchs et qui est passée à six…

Savez-vous jusqu’à quand vous serez président de la LNR, sachant que les clubs ont demandé à la FFR de décaler de quelques mois les nouvelles élections?

L’UCPR (Union des clubs professionnels de rugby) a fait une demande pour qu’on repousse les élections à la première quinzaine de juillet. Le comité directeur de la Ligue a entériné cela et il faut maintenant que la Fédération le fasse. Si ce n’est pas le cas, les élections auront lieu comme prévu en mars.

Mais on ne vous verra donc plus à la tête de la Ligue dans quelques mois?

Oui, ça c’est sûr. Ces projets dont on vient de parler ne me concerneront plus en tant que président mais je continuerai à suivre de près l’évolution du rugby professionnel.

https://rmcsport.bfmtv.com/rugby/top-14-on-arrive-au-bout-du-tunnel-affirme-paul-goze-au-sujet-des-aides-de-l-etat-2014266.html

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