Si vous vous rendez à Castelnau-Magnoac en provenance de Toulouse, le chemin qu’emprunte dès qu’il le peut Antoine Dupont, vous quitterez le département de la Haute-Garonne pour le Gers, avant plus loin de vous retrouver à nouveau en Haute-Garonne, puis de finir dans les Hautes-Pyrénées. Le sillon initiatique vous mène vers cette bourgade de moins de 800 habitants, qui se trouve au croisement de territoires où la balle ovale est reine. Où sa culture se transmet de pères en fils, d’oncles en neveux, où elle se partage entre frères et cousins. Où, lorsque vous donnez un coup de pied dans une poubelle, un rugbyman talentueux peut en tomber.

Lorsque les montagnes pyrénéennes surgissent au loin, baignées de soleil ce jour-là, vous pénétrez dans l’univers dans lequel Antoine Dupont a grandi. Avec son grand frère Clément, de trois ans son aîné, ils se sont bien essayé au basket… Mais quand il a été décidé de créer l’école de rugby du Magnoac Football Club, la fibre familiale a pris le dessus. Antoine a à peine cinq ans et déjà, il tanne sa mère pour suivre les pas de l’aîné qui a sa licence. « Il embêtait tellement ma mère pour y aller qu’au final, elle l’a laissé faire, explique Clément. Mais il n’avait pas l’âge, il était bien plus petit que les autres. Et c’est peut-être là, dans l’adversité, qu’il a commencé à faire ses premiers pas. Et comme il n’était pas du genre à se laisser faire, il ne regardait pas l‘âge ou la taille des joueurs qu’il avait en face, c’est parti de là. Et ça ne s’est jamais arrêté. »

Des heures à manier la balle

Au club, Antoine a donc comme premiers éducateurs son oncle, Jean-Luc Gales, et Jean-Philippe Guerrero, tous deux sur leur fin de carrière de joueurs et instigateurs de la création de l’école de rugby. Son attitude balle en main marque les esprits, comme en attestent aujourd’hui les photos d’époque sur un mur qui lui est dédié dans le club house. « Il était déjà malin, espiègle sur le terrain, se remémore Jean-Philippe Guererro. Il sentait les bons coups et avait une vivacité incroyable. Quand on le voit faire quelques exploits à la télé, nous on revoit immédiatement l’enfant qu’il était. Ce qu’il fait aujourd’hui sur les terrains du monde entier, il le faisait là tout petit sur ce terrain. Avec un peu plus de facilité à l’époque, mais pas plus que ça. »

Mais c’est aussi avec son frère et ses deux cousins qu’Antoine passe des heures à manier la balle. Partout. Tout le temps. « C’était rare qu’il n’y ait pas un ballon, dit son oncle. Ça finissait toujours par un toucher sur la pelouse. » Avec la gagne en lui. « Le but dans tous les jeux, c’était de compter les points, poursuit son frère. Donc forcément il y avait de la compétition. C’est là où Antoine a fait naître en lui une âme de tricheur parce qu’il ne supportait pas de perdre (rires). De temps en temps, le peu de fois où il perdait, il arrivait à s’en sortir en comptant différemment ou en inventant des règles. De toute façon, face à lui, j’ai gagné jusqu’à un certain âge. Puis après, plus jamais. » 

Le Magnoac Football Club a comme école-partenaire celle de Lannemezan, où évolue d’ailleurs un certain Cyril Baille, coéquipier aujourd’hui chez les Bleus. Antoine Dupont traverse les terrains, devient ce joueur insaisissable. « Il avait déjà cette corpulence, ajoute son frère Clément. Il était petit mais très trapu, très costaud. Et ce rapport poids-puissance particulier. Et puis lui ne lâchait jamais rien. Que ce soit dans la chambre, dans le salon ou sur un terrain. » A tel point que lorsqu’il se retrouve dans sa deuxième année de la catégorie des moins de neuf ans, il se confie à sa mère. « Il lui a dit qu’il pensait arrêter le rugby pour faire du football, explique Guerrero. La raison? Il s’ennuyait! Il était tellement au-dessus, qu’il lui fallait un autre challenge. Alors on a décidé de le surclasser en moins de 11. A l’époque, on avait la possibilité de le faire pour un joueur par club. »

Le rugby français les remercie. Même si bientôt, Castelnau-Magnoac va devenir trop petit pour l’enfant du pays. Direction Auch dès les Cadets, où il se retrouve dans ce berceau à internationaux avec les Bourgarit, Jelonch et Alldridtt. C’est dans les bras de ce dernier qu’il  a sauté pour le féliciter de son essai face à l’Italie, après l’avoir personnellement servi d’une longue sautée. Le cheminement est incroyable. Mais sans oublier ses racines. Dès qu’il le peut, il revient chez lui. Rend visite à son frère et son oncle qui gèrent l’exploitation agricole familiale où on élève 400 porcs noirs de Bigorre, un produit d’exception, d’appellation origine protégée.

« Il a besoin de temps en temps de revenir et d’avoir ce lien ici »

Devant quelques bêtes qui se nourrissent, accroupies, le visage léché par le vent et les bottes qui s’enfoncent dans la boue, Clément explique l’éducation et les principes familiaux. « Quand tes racines sont du milieu rural, de la campagne, tu n’oublies pas d’où tu viens. Tu te rends compte de la chance que tu as quand tu reviens. Et tu te sens bien. Chez nous, il y a un fort attachement à la famille et on a quand même la plupart de nos parents proches qui sont ici. Quand il revient il voit tout le monde. Il a besoin de temps en temps de revenir et d’avoir ce lien ici. » Histoire de se déconnecter de son emploi du temps bien rempli et de couper. 

Comme il l’a fait à la fin du mois de novembre, après la Coupe du monde. Il en avait profité pour emmener le Bouclier de Brennus glané avec le Stade Toulousain la saison passée. Les yeux des gamins du coin brillaient à ses côtés. Mais pas que. Antoine Dupont est devenu malgré lui la conversation numéro un du village. Même le maire Bernard Verdier en témoigne. « Il alimente nos réunions, qu’elles soient sur la place de marché, au sein de notre vie quotidienne. Moi qui suit un élu du département, souvent on m’interpelle et beaucoup de mes collègues envient ma position. Et même sur certaines réunions parisiennes et au-delà, on peut parler de lui. Sous des sphères très lointaines et huppées. Il a atteint ces sommets-là. » Où on ignorait encore il y a peu l’existence de Castelnau Magnoac… 

« Toto », comme ses proches l’appellent, fait figure aujourd’hui de premier ambassadeur de son village d’origine. Où les gens d’ici sont comblés de voir son évolution. « C’est unanime, car en plus d’avoir une image d’un excellent joueur de rugby, il est sympa, tient à ajouter Jean-Philippe Guerrero. Il est sympa avec tout le monde quand il revient, il n’a pas changé. Ce n’est pas parce qu’il est célèbre aujourd’hui qu’il oubliera de dire bonjour à quelqu’un qu’il a connu avant. Il est juste sympa et c’est toujours un plaisir. » Ses proches regardent cette trajectoire avec bienveillance et humilité. En quittant le village, on se dit qu’Antoine Dupont, qui va vivre sa 23e sélection à 23 ans, peut marquer l’histoire de ce sport. Mais que pour les siens, il restera « Toto » de Castelnau Magnoac. 

https://rmcsport.bfmtv.com/rugby/xv-de-france-aux-origines-de-la-pepite-antoine-dupont-au-pied-des-pyrenees-1861741.html

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